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Étudiant étranger et 964 heures de travail : calcul, dépassement et renouvellement

Les 964 heures ne correspondent pas forcément à l’année civile, et un contrat affichant beaucoup d’heures par mois ne prouve pas à lui seul que vous avez dépassé la limite. Pour savoir où vous en êtes, il faut d’abord retrouver la période de référence de votre titre, puis additionner les heures salariées réellement travaillées pendant cette période.

Pour un étudiant étranger non européen relevant du régime général, le VLS-TS ou la carte « étudiant » autorise une activité salariée accessoire dans la limite de 964 heures par an, soit 60 % de la durée annuelle légale du travail. Cette règle est annuelle : elle ne crée pas un plafond automatique de 18 ou 20 heures chaque semaine.

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Étape 1 : trouvez la bonne période avant de compter une seule heure

Le compteur ne part pas automatiquement du 1er janvier. Service-Public indique que la durée commence à la délivrance de la carte ou à la validation du VLS-TS. Son exemple est très clair : un titre délivré le 1er septembre permet de travailler jusqu’à 964 heures jusqu’au 31 août suivant.

Plusieurs préfectures décrivent cette période comme une « année glissante à partir de la date de début de validité du titre ». Pour votre propre contrôle, le plus sûr est donc de partir de la date qui déclenche votre droit au travail et de construire une période de douze mois à compter de cette date.

Exemple : VLS-TS validé le 15 septembre 2026. Votre première période de référence va du 15 septembre 2026 au 14 septembre 2027. Vous ne remettez pas votre compteur à zéro le 1er janvier 2027.

Pour un séjour d’études de six mois relevant de la situation décrite par Service-Public, la durée autorisée est proportionnelle à la durée des études : l’exemple officiel est de 482 heures pour six mois. Ne transposez donc pas mécaniquement 964 heures à tout visa étudiant de durée plus courte.

Étape 2 : additionnez les heures qui appartiennent vraiment au compteur

Le plafond est attaché à votre droit au travail en qualité d’étudiant, pas à un employeur particulier. Campus France rappelle que la limite concerne l’activité salariée exercée pendant les études ; ses pages d’information précisent également que, lorsqu’un étudiant cumule plusieurs employeurs, les heures se cumulent dans un seul plafond. Ce point doit donc être lu comme un total personnel, et non comme 964 heures par employeur.

Le bon réflexe consiste donc à reprendre vos bulletins de salaire, vos relevés d’heures ou plannings et à reconstruire le volume réellement travaillé pendant la période de référence.

  • Heures normales réellement travaillées : elles entrent dans le compteur.
  • Heures supplémentaires réellement travaillées : elles s’ajoutent au volume total. Elles ne disparaissent pas du calcul parce qu’elles sont exceptionnelles.
  • Plusieurs employeurs : les heures de tous les emplois salariés sont cumulées.
  • Stage intégré au cursus sous convention : Campus France indique que les stages effectués dans le cadre de la formation n’entrent pas dans le décompte des 964 heures ; le stagiaire n’est par ailleurs pas un salarié au sens du régime ordinaire du stage.
  • Congés payés : la CAA de Paris, le 23 octobre 2015, a imposé de retrancher les périodes de congés qui avaient été incluses dans le volume contractuel utilisé par la préfecture.

Pour les arrêts maladie, jours fériés ou lignes de paie ambiguës, aucune source nationale récente vérifiée pour cette page ne fournit une règle de calcul aussi explicite. N’inventez donc pas un décompte à partir du seul salaire versé. Reconstituez les heures de travail effectif et, si nécessaire, demandez à l’employeur une attestation détaillant les heures réellement accomplies.

Étape 3 : ne confondez pas heures prévues au contrat et heures réellement travaillées

Cette distinction peut changer complètement le résultat. Le tribunal administratif de Paris a jugé le 5 juin 2024 qu’un CDI prévoyant 151,67 heures par mois ne suffisait pas, à lui seul, à prouver que l’étudiant avait réellement dépassé 964 heures. Le contrat révélait un volume théorique important, mais il fallait encore établir le temps effectivement travaillé.

À l’inverse, lorsque les bulletins de salaire établissent les heures réellement effectuées, ils peuvent devenir une preuve directe du dépassement. En juin 2026, la CAA de Paris a retenu qu’une étudiante avait travaillé plus de 1 000 heures entre janvier et août 2023, sans même compter ses heures supplémentaires, et a validé le refus de renouvellement pour ce seul motif.

Le calcul doit donc partir des faits : période correcte, bulletins, heures réellement accomplies et éventuels éléments qui ne correspondent pas à du temps de travail à décompter.

Trois calculs pour vérifier votre compteur

Profil A : emploi régulier pendant l’année universitaire

Vous travaillez 18 heures par semaine pendant 40 semaines.

18 × 40 = 720 heures.
Il vous reste 244 heures sur votre plafond de 964 heures pour la même période de référence.

Profil B : deux employeurs successifs

Premier emploi : 12 heures par semaine pendant 24 semaines, soit 288 heures.
Deuxième emploi : 16 heures par semaine pendant 20 semaines, soit 320 heures.

Total : 608 heures.
Il vous reste 356 heures. Les 964 heures ne se renouvellent pas avec le changement d’employeur.

Profil C : rythme variable pendant l’année

Vous travaillez 20 heures par semaine pendant 30 semaines, puis 30 heures par semaine pendant 8 semaines.

20 × 30 = 600 heures.
30 × 8 = 240 heures.
Total : 840 heures.
Il vous reste 124 heures jusqu’à la fin de votre période de référence.

Un stage conventionné intégré au cursus ne se rajoute pas mécaniquement à ces heures. Une alternance, en revanche, relève d’un régime spécifique expliqué plus bas : il ne faut pas la traiter comme un simple « petit job étudiant » à faire entrer artificiellement dans un tableur 964 heures.

20 heures par semaine n’est pas un plafond juridique

Les 964 heures correspondent à environ 18,5 heures par semaine si elles étaient réparties uniformément sur 52 semaines, ce qui explique pourquoi on voit souvent « environ 20 h/semaine ». Mais R.5221-26 fixe un plafond annuel, pas un plafond hebdomadaire propre aux étudiants étrangers.

La Cour de cassation l’a expressément rappelé le 22 mai 2024 : on ne peut pas transformer 964 heures annuelles en un plafond de 18 heures par semaine. Vous pouvez donc travailler davantage certaines semaines, par exemple pendant les vacances universitaires, à condition de respecter les autres règles de durée du travail et de ne pas dépasser le plafond annuel applicable à votre titre.

Vous approchez de 900 heures : faites un contrôle, pas une règle inventée

900 heures n’est pas un seuil légal. La limite reste 964 heures. Mais lorsqu’il ne reste plus qu’une petite marge, il devient utile de vérifier immédiatement votre compteur au lieu d’attendre le renouvellement.

  • retrouvez la date de début de votre période de référence ;
  • rassemblez les bulletins de salaire de tous vos employeurs ;
  • additionnez les heures réellement travaillées ;
  • vérifiez les heures supplémentaires et les éventuelles périodes de congé intégrées à un volume contractuel ;
  • prévenez votre employeur du nombre d’heures encore disponibles avant de programmer de nouvelles vacations.

Si votre cursus exige légalement une activité salariée au-delà de 964 heures, ne cherchez pas à « garder une marge » : vérifiez le régime d’autorisation ou d’apprentissage applicable avant la prise de poste.

Que se passe-t-il à la 965e heure ? Il existe un risque, pas un retrait automatique

Service-Public indique que le non-respect de la limite expose au retrait du titre et au refus de renouvellement. Le CESEDA prévoit également qu’une carte « étudiant » peut être retirée en cas de non-respect de la limite de 60 %. Il ne faut toutefois pas traduire cela par « à la 965e heure, votre carte est automatiquement annulée ».

La jurisprudence montre que les faits comptent. En 2017, la CAA de Versailles a annulé un refus dans un dossier où le dépassement n’était que d’un quart d’heure et où l’étudiante avait une progression universitaire régulière. Cette décision ne crée aucune tolérance officielle de quinze minutes, une heure ou trente heures.

Le TA de Paris a encore illustré cette nuance le 25 mars 2026 : l’étudiant avait travaillé 991,51 heures, soit 27,51 heures au-dessus du plafond, mais expliquait ce dépassement par des heures supplémentaires exceptionnelles demandées par l’employeur. Le tribunal a jugé que le préfet ne pouvait pas refuser le renouvellement sur ce seul motif compte tenu du faible dépassement et des explications sérieuses.

À l’inverse, la CAA de Paris a validé le 19 juin 2026 un refus lorsque les bulletins établissaient plus de 1 000 heures de travail en seulement huit mois. Le dépassement pouvait alors suffire à justifier le refus, indépendamment de la discussion sur le sérieux des études.

La bonne lecture est donc : 964 heures est la limite légale. Il n’existe pas de marge officielle. Mais lorsqu’un refus est contesté, le juge peut examiner le volume réel, les preuves, l’importance du dépassement et les circonstances du dossier.

Travailler plus de 964 heures : une autorisation n’est pas un passe-droit pour un job étudiant ordinaire

Le Code du travail prévoit une autorisation de travail au-delà de 964 heures lorsque l’activité salariée est en lien avec le cursus. Service-Public vise notamment les séquences salariées nécessaires aux études, par exemple certains doctorants salariés ou formations comprenant une activité professionnelle obligatoire.

Il serait donc faux d’écrire : « je veux simplement travailler plus, mon employeur demande une autorisation et je peux passer à temps plein ». Pour un emploi étudiant accessoire sans lien avec le cursus, le régime normal reste celui des 964 heures.

Lorsque votre cursus exige réellement une activité salariée supérieure à 964 heures, l’employeur doit demander et obtenir l’autorisation avant le début de l’activité, sauf régime de dispense particulier. Pour la procédure complète, consultez l’owner FranceAccueil sur l’autorisation de travail.

Apprentissage et professionnalisation : deux régimes à ne pas mélanger

Contrat d’apprentissage

Depuis la version de R.5221-2 en vigueur depuis le 26 avril 2026, le titulaire d’un titre étudiant qui conclut dans le cadre de son cursus un contrat d’apprentissage validé par le service compétent est dispensé d’autorisation de travail. Service-Public précise qu’une fois le contrat validé par l’OPCO dans le privé ou la Dreets dans le public, l’étudiant peut travailler au-delà de 964 heures dans le cadre de ce cursus.

R.5221-7 prévoit toutefois une condition de séjour : en principe, le contrat d’apprentissage est accessible après une première année de séjour. L’apprentissage peut être conclu dès la première année pour certains cursus conduisant notamment au grade de master ou aux formations visées par le texte.

Contrat de professionnalisation

Le contrat de professionnalisation est également accessible à l’étudiant étranger après une première année de séjour. Mais contrairement à l’apprentissage validé, Service-Public indique que si le contrat conduit à dépasser 964 heures, l’employeur doit demander et obtenir une autorisation de travail avant le début de l’activité au-delà de cette limite.

Ne transposez donc pas la dispense propre à l’apprentissage au contrat de professionnalisation.

Stage : quand les heures ne sont pas décomptées

Un stage étudiant sous convention, intégré au cursus, n’est pas un contrat de travail. Campus France indique explicitement que les stages effectués dans le cadre de la formation n’entrent pas dans le décompte des 964 heures.

Attention au vocabulaire. Certaines périodes appelées couramment « stage » sont en réalité des périodes d’emploi nécessaires à l’obtention d’un diplôme ou d’une habilitation, par exemple certaines alternances ou périodes salariées professionnelles. Les préfectures précisent qu’elles ne doivent pas être traitées comme un simple stage étudiant. Il faut alors vérifier le régime de travail correspondant.

Sous 964 heures, l’employeur n’a pas d’autorisation distincte à demander, mais il a une formalité

Dans le régime général, le VLS-TS ou la carte étudiant vaut droit au travail salarié accessoire jusqu’à 964 heures. L’employeur n’a donc pas à obtenir une autorisation de travail distincte pour ce petit emploi.

Mais R.5221-27 impose une déclaration nominative préalable à la préfecture au moins deux jours ouvrables avant l’embauche. « Pas d’autorisation distincte » ne signifie donc pas « aucune formalité employeur ».

Les 964 heures ne permettent pas de devenir auto-entrepreneur

La limite concerne une activité professionnelle salariée. Service-Public précise que la carte de séjour étudiant ne permet pas d’être auto-entrepreneur. Le fait de ne pas avoir consommé vos 964 heures ne crée donc aucun droit à facturer en indépendant.

Si votre projet principal devient une activité indépendante, il faut vérifier un autre fondement de séjour. Cette question relève notamment de notre guide carte entrepreneur / profession libérale.

Vous êtes Algérien ? Ne prenez pas 964 heures comme votre plafond. Service-Public indique actuellement qu’un titulaire d’un certificat de résidence « étudiant » doit faire obtenir une autorisation de travail par l’employeur avant de commencer et ne peut travailler, en principe, que dans la limite de 50 % de la durée annuelle de travail pratiquée dans la branche ou la profession concernée. Consultez aussi notre guide certificat de résidence algérien d’un an.

Citoyen UE/EEE/Suisse ? Vous relevez d’un autre régime et n’êtes pas soumis au droit au travail attaché à la carte étudiant de droit commun étudié sur cette page.

Au renouvellement, comment la préfecture peut-elle reconstituer vos heures ?

Il n’existe pas de source nationale vérifiée indiquant que l’ANEF affiche en temps réel un compteur officiel de vos heures. En revanche, la jurisprudence montre que les préfectures et les juges utilisent concrètement les bulletins de salaire, les contrats de travail et les autres pièces du dossier pour vérifier le volume travaillé.

Le TA de Paris de juin 2024 est particulièrement utile : un contrat à 151,67 heures par mois ne suffisait pas à établir le dépassement sans preuve du volume réellement travaillé. À l’inverse, les bulletins produits dans les affaires de 2026 ont permis de constater un travail à temps complet ou un total supérieur à 1 000 heures.

Conservez donc vos bulletins de salaire et, si votre paie ne permet pas de comprendre clairement les heures, vos plannings ou une attestation employeur. Pour les règles générales du renouvellement, des ressources et de l’ANEF, consultez l’owner titre de séjour étudiant.

Si la préfecture vous reproche un dépassement, refaites le calcul avant de discuter le refus

Avant d’argumenter sur votre situation personnelle, vérifiez d’abord les faits :

  1. Quelle date la préfecture a-t-elle utilisée pour commencer la période annuelle ?
  2. Quels bulletins ou contrats a-t-elle retenus ?
  3. Combien d’heures avez-vous réellement travaillées chez tous vos employeurs ?
  4. Le calcul comprend-il des congés qui devraient être retranchés au regard des pièces ?
  5. Une partie de l’activité correspond-elle à un stage conventionné, un apprentissage validé ou une activité salariée intégrée au cursus relevant d’un autre régime ?
  6. Existe-t-il une autorisation de travail couvrant une activité supérieure au plafond ?

Si une décision de refus ou une OQTF a déjà été notifiée, lisez ses motifs et ses délais avant toute démarche. Le contentieux général reste traité dans notre guide refus de titre de séjour et recours.

Karim BOUROUBI

Karim BOUROUBI est consultant éditorial spécialisé dans les démarches administratives des étrangers en France : visas, regroupement familial, dossiers ANEF, OFII, renouvellement de titre de séjour et préparation des justificatifs. Il rédige pour France Accueil des guides pratiques conçus pour aider les usagers à comprendre les étapes d’une procédure, éviter les erreurs fréquentes et préparer un dossier plus clair. Ses articles s’appuient sur les informations publiées par les administrations françaises, notamment Service-Public.fr, France-Visas, l’OFII, l’ANEF et Légifrance. Les contenus publiés sont informatifs et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel du droit.

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